"En quelques plans simples où se fixent les seuls détails permanents capables d'assurer la force et la durée de nos sensations, Marquet recrée le monde."

 

 

 Si je regarde un tableau impressionniste, la manière de peindre la lumière d'un paysage par de petites touches en virgules juxtaposées fait que, si je quitte le tableau des yeux puis y revient, je pourrais imaginer que, pendant ce court instant, la lumière a changé, qu'un nuage est passé devant le soleil pendant que j'avais le regard ailleurs et que le tableau est différent.

Le tableau impressionniste s'inscrit dans une sorte de fluidité du moment. C'est l'inverse chez Marquet, ses grands aplats opaques ou son cerné noir nous donnent l'impression d'un moment arrêté, suspendu, immuable.

Aucune exposition ne porte mieux son titre "Albert Marquet, peintre du temps suspendu".

Ses tableaux sont extrêmement structurés par une oblique, une rue, un rivage, une rivière, coupée des verticales des mâts des bateaux, des clochers, des arbres, des poteaux, des cheminées. Ses couleurs sont opaques, donnant une impression d'épaisseur, la neige des quais de Seine comme les nuages sont lourds et denses. D'ailleurs ses paysages ne sont souvent pas des paysages en plein air. La vue plongeante  les identifie comme des paysages peints d'une fenêtre puis retravaillés en atelier au point qu'on parle à son propos d'un "paysagiste d'intérieur". Ses derniers tableaux montrent, d'ailleurs, la fenêtre encadrant le paysage.

Marquet est un peintre inclassable qui n'a jamais évolué dans sa manière de peindre. Indépendant, silencieux il dit modestement: "mon opinion sur la peinture, c'est ma peinture"

C'est donc un peintre de paysage, fasciné par l'eau, élément par essence fluide et changeant sous la lumière, il en fixe la matérialité en gommant la transparence. C'est aussi un peintre des villes, des ports parcourus de petites silhouettes noires et des ponts enjambant les fleuves ou rivières, il aime montrer l'activité humaine industrielle ou quotidienne en simplifiant les formes. Enfin, c'est un peintre des brumes, des fumées et des hivers neigeux. Sa gamme chromatique joue souvent des contrastes de couleurs

Marquet est l'un de mes peintres préférés. Je suis toujours émue devant ses toiles qui m'invitent à une promenade dans un monde simplifié et structuré que je trouve apaisant et méditatif.

L'expo se trouve au musée d'art moderne de Paris. Il y a  peu de monde et c'est un vrai bonheur de regarder les tableaux sans être bousculé.

 

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Les collections du musée d'art moderne sont accessibles gratuitement, ce qui permet de prolonger la visite et de découvrir, entre autre, une araignée de Louise Bourgeois et des installations d'Annette Messager.

 

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"L'araignée" de Louise Bourgeois qu'elle appelle souvent "maman"

 

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Annette Messager

 

Il pleuvaient des cordes à Paris, ce jour là.....La lumière était grise et le fleuve jaunâtre luisait comme un serpent endormi. Sur les quais se pressaient des parapluies sous lesquels s'abritaient des couples serrés l'un contre l'autre, tandis que les enfants dansaient pour cueillir les gouttes de pluie avec la langue.  Petit moment d'éternité, Marquet aurait pu installer son chevalet dans une chambre de bonne face à la Seine....