Critique L'Avenir

 

 

Mais qu'a voulu nous dire Mia Hansen love sur l'avenir de ce prof de philo quittée par son mari à la cinquantaine? Hé bien pas grand chose, ce n'est pas un séisme dans sa vie, elle ressent une peine raisonnable et ne se décide ni à prendre un jeune amant ni à rejoindre définitivement dans le Vercors un de ses anciens élèves pour faire la révolution. "Elle n'en a plus l'âge" dit elle. Même la mort de sa mère l'affecte modérément, si ce n'est de lui faire hériter d'un chat bien encombrant. Ce n'est pas qu'elle soit plus dure qu'une autre mais elle a une vie intellectuelle qui la comble. Cette nouvelle liberté qui lui échoie, "je n'ai jamais été aussi libre" ne sera pas une remise en question de sa vie mais une ouverture plus seraine à une forme de sensualité  du monde qui lui échappait.

Ce n'est donc pas un film à thèse, ni un drame sur un tournant de la vie que Mia Hansen Love a réalisé, juste un film descriptif, un film de climat, à la manière d'un Téchiné, ou d'un Rohmer, où les paysages, les lieux, les objets, la maison Bretonne, les fleurs, les livres lus, Jankélévitch, Lévinas, la ferme du Vercors, la caresse du soleil et....la chatte Pandora prennent à l'image une importance presqu'aussi sensible que les personnages.

C'est un beau film doux et sans "pathos", un brin intello, un brin parisien....et alors?

 

 

    " Nous ne tenons jamais au temps présent. Nous anticipons l'avenir comme trop lent à venir, comme pour hâter son cours ; ou nous rappelons le passé pour l'arrêter comme trop prompt ; si imprudents, que nous errons dans des temps qui ne sont pas nôtres, et ne pensons point au seul qui nous appartient ; et si vains, que nous songeons à ceux qui en sont plus rien, et échappons sans réflexion le seul qui subsiste. C'est que le présent, d'ordinaire, nous blesse. Nous le cachons à notre vue, parce qu'il nous afflige ; et s'il nous est agréable, nous regrettons de le voir échapper. Nous tâchons de le soutenir par l'avenir, et pensons à disposer les choses qui ne sont pas en notre puissance, pour un temps où nous n'avons aucune assurance d'arriver.

    Que chacun examine ses pensées, il les trouvera toutes occupées au passé et à l'avenir. Nous ne pensons point au présent ; et, nous y pensons, ce n'est que pour en prendre la lumière pour disposer de l'avenir. Le présent n'est jamais notre fin : le passé et le présent sont nos moyens ; le seul avenir est notre fin. Ainsi nous ne vivons jamais, mais nous espérons de vivre ; et, nous disposant toujours à être heureux, il est inévitables que nous ne le soyons jamais."

Blaise Pascal