Musée D'Orsay: Pierre Bonnard, peindre l'Arcadie

 

 

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C'est la lumière des tableaux dans cet espace sombre qui séduit, les couleurs vibrantes de l'été, les jaunes dorés, les rouges, les orangés,  les bleus turquoise, les violets.

 

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Nous sommes comme un dimanche matin, avec la lumière qui transfigure la maison et les scènes intimes. Les corps parfaits d'un érotisme tranquille et familier sont surpris à la toilette, souvent par le biais d'un miroir qui fétichise le corps

 

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 à table ou alanguis pendant la sieste.

 

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"Tout a son moment de beauté" disait Pierre Bonnard. Il n'y a pas de mystère, le bonheur est au coeur du quotidien et de l'intime. Et pourtant on sent bien "qu'il ne s'agit pas" pour lui "de peindre la vie mais de rendre vivante la peinture",  de saisir l'instant et, l'émotion de l'instant.  Ce n'est donc pas vraiment le sujet qu'il peint mais l'essence du sujet, une sorte de sublimation idéale. Sa peinture est hors école et empreinte le traitement de la lumière aux impressionnistes, la violence de la couleur au fauvisme et, aux Nabis, dont il fit partie, cette technique un peu "japonisante" et cette volonté d'être un passeur du sensible, de faire sens, en communion avec une forme de spiritualité.

 

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L'antiquité avait désigné une région idéale pour le bonheur champêtre, l'Arcadie, un lieu de l'âge d'or, de communion et de sérénité. C'est ce que nous transmet Bonnard, cependant, le terme même renvoie au célèbre tableau de Poussin: "Les bergers d'Arcadie" ou "Et in Arcadia ego" qui signifie que "Moi,( la mort), je suis (aussi) en Arcadie"

Alors on rebrousse chemin et les toiles ne sont plus si riantes. Par delà un hédonisme affiché, on remarque des compositions étranges où le personnage est tronqué

 

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ou à peine discernable car fondu dans un décor un peu écrasant.

 

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Le personnage n'est presque plus le sujet du tableau et quand il demeure, il semble "flotter" dans la toile. Il n'y a pas le garde fou du dessin et de la perspective qui rassure le regard sur ce qu'il voit, Bonnard "disperse ses plans comme pour reproduire tous les angles de la vision sur une même surface". La vivacité des couleurs contraste souvent avec l'ombre d'un visage comme pour souligner la part obscure et précaire de l'existence.

 

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Ses autoportraits dans leur manque de complaisance montrent également ses propres fêlures et l'irruption d'une violence sourde.

 

 

 

 

Je pensais ne pas trop apprécier Bonnard, je suis ressortie de cette magnifique expo vraiment touchée par sa peinture.

 

 

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