Mais qu'est ce que je suis allée faire dans cette galère?

Le film est inspiré des mémoires du plus grand sniper américain, champion de tir sur cible humaine de préférence irakienne.

Le film débute très bien, le père du héros, un redneck du Texas, lui apprend que l'humanité se divise en trois partie, les agneaux, les loups et les chiens de berger.

Une division aussi arbitraire peut laisser deviner une dénonciation d'un système de valeur aussi caricatural qu'americain, d'autant que son entraînement dans les troupes d'élite, les "SEAL" montre la brutalité absurde de la hiérarchie militaire. Mais si Clint Eastwood entretient une légère ambiguïté sur sa position, elle est vite gommée par une sur-virilisation des personnages, une fascination pour les armes, une schématisation simpliste de la narration et une pauvreté de la réflexion.

C'est l'amérique telle qu'on la déteste.

Si Kile est motivé par l'effondrement des tours, jamais le cinéaste ne remet cette guerre dans son contexte, les mensonges, l'opportunisme de Bush et la complexité du moyen orient. Eastwood se contente de la réduire en un affrontement manichéen entre le gentil Kile et le méchant Mustapha. Le gentil Kile qui abat un enfant mais reste un excellent père, le gentil Kile qui ne se trompe jamais de cible, soutient ses copains et résiste à sa femme éplorée et morveuse qui veut le retenir parce qu'il doit sauver l'amérique, sa "Patrie" contre le méchant Mustapha qui couvre un boucher qui torture et décapite, qui soutient son peuple soumis sacrifiant ses enfants et ses femmes dans des attentats.

Ok, les faits sont en partie réels mais les traiter en les simplifiant par la caricature me semble malhonnête.

Certains disent qu'ils faut prendre le film au second degré, y voir une dénonciation. Mais je crains que, si un stand de l'armée se trouvait à la sortie de ma salle de cinéma, tous les jeunes entre 15 et 30 ans (nombreux, évidemment!!) auraient signé un engagement.

Le second degré ne fait qu'embrouiller le message quand il n'est pas vraiment perceptible ou qu'on s'adresse à des gens incapables de décrypter les images, de le percevoir et cette soi-disant critique est masquée par le recours à une démonstration primaire de la violence et le mythe d'un héros/ sauveur sous fond de rafales d'armes automatiques.

Pour moi, Clint Eastwood a laissé le pire s'exprimer, un fond cynique, réactionnaire, individualiste.

Quant à son cinéma, rien à dire.... Un des derniers grands cinéastes classiques.

#je dis