La semaine des 4 jeudis

14.09.14

Et plonger dans les yeux opaques des femmes de Modigliani...

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  Ce qui nous lie à l'Autre, qui nous fait entrer en communication, c'est d'abord un jeu de regard, qu'il se plante droit, qu'il fuit, qu'il se retranche à mi-paupières.

Il en est de même pour les portraits.

Les femmes de Modigliani sont étranges, souvent elles n'ont pas de regard, leurs yeux sont des fentes opaques et profondes comme les deux yeux d'un masque, le nez est long, ce n'est qu'un trait sans relief, la bouche est petite et leur visage pointu est posé sur un long cou souvent penché. Pourtant si elles portent un masque, leur corps aux larges hanches n'est que courbes, sensualité et douceur. Cette opposition les rend fascinantes, mystérieuses, mélancoliques, paradoxales, à la fois très proches et inaccessibles.....

Lors d'un stage pédiatrique d'une semaine à Lille sud, j'ai pu prendre le temps de visiter le LaM (Musée d'art moderne, d'art contemporain et d'art brut de Villeneuve d'asq), que je connaissais déjà mais dont je ne me lasse ni des tableaux, ni du parc alentour, ni de l'architecture très réussie en cubes de briques et baies vitrées.

Après une petite nuit, à l'ouverture, c'est un lieu serein, il n'y a personne que les femmes de Modigliani qui vous invitent, qu'elles soient mères ou putains, à plonger dans leurs regards opaques.

 

Dualité de cette maternité, mère au corps plein, habillée de vêtements confortables, aux couleurs chaudes, mais si je m'approche, ce visage sans regard et ces traits aigus sont froids et glaçants....

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 ou dualité de ce nu aux cuisses lourdes, au geste pudique et à l'inclination tendre de la tête qui sont démentis par le masque du visage dissymétrique et goguenard

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Tout est question de regard, du portrait de Kees Van Dongen, explosant de contrastes et de couleurs avec ses deux yeux comme des grottes jumelles.

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 aux totems de Chaissac, corps fractionnés, empilés, yeux écarquillés, effrayés de nous voir. (Ce sont ces deux personnages qui, alors, semblent  nous regarder et nous renvoyer notre propre difformité.)

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ou aux masques noirs et à ce visage troublant dans la robe de mariée d'Annette messager qui joue avec les images et nos peurs d'enfant

 

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ou encore aux idoles hiératiques de Fernand léger, statues cernées de noir....

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Les collections du LaM sont constitués d'une donation de Geneviève et Jean Masurel, très riche en peintres cubistes dont quelques Braque et un Picasso mais je préfère le lyrisme contenu de Miro ou les compositions d'André Masson.

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Ce musée accueille également la donation de l'Aracine, collection d'art brut qui désarçonne.

Il est difficile de définir ce que nous décidons être de l'art, ce n'est ni le beau, ni la perfection technique, ni le hasard, mais ce rapport d'humain à humain qui provoque en nous une émotion transcendante. A ce titre, l'art brut est "dérangeant" parce qu'il échappe au système et que ses limites sont difficiles à déterminer. Dubuffet le définissait ainsi: "L'opération artistique toute brute, pure, réinventée dans l'entier de toutes ses phases, par son auteur, à partir seulement de ses propres impulsions."

Ici, il peut être, aussi, question de regard puisque nous sont montrées les oeuvres des médiums et des aliénés, souvent caractérisées par une vision intérieure, une démarche et une technique picturale précise et obsessionnelle.

 

 

Augustin Lesage, mineur de fond, entend une voix lui dire qu'il va être peintre. Il se consacre, donc, à la peinture, guidé par des esprits. Ses tableaux sont extrêmement fouillés alternant des éléments décoratifs à des images symboliques.

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Plombier zingueur guérisseur et  médium, Fleury Joseph Crepin entend, lui aussi, des voix en 1939 lui affirmer que, s'il peint 300 tableaux, la guerre finira et, qu'après 45 tableaux merveilleux de sa main, le monde sera pacifié. Il peint, alors, des scènes caractérisées par des couleurs éclatantes et une sorte de pointillisme en relief. Comme Augustin Lesage la symétrie et même une sorte de géométrie semble déterminante dans ses tableaux comme une volonté d'ordonner et de circonscrire le monde.

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 Les chemins de l'art brut passent aussi par des sculptures monumentales hantant les lieux du rêve

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ou modestes mais "habitées" comme des poupées vaudou

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et des machines entre Jules Verne, le professeur Tournesol et Géo Trouvetout.

Bon sang ne saurait mentir,  j'ai vraiment aimé les machines étranges d'A.C.M

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ou le spoutnik d'André Robillard

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Un dernier tableau m'a beaucoup fait rire, un portrait qui réunit Obama et sa femme ainsi que Mr et Mme Sarkosy (quand on vous dit que l'artiste est un voyant!)

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 Si vous passez par Villeneuve d'Asq, ce musée et ce parc valent vraiment le projet d'y venir et revenir, comme nous y invite, d'ailleurs, ce petit personnage de Chaissac qui nous promet le bonheur.

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#je dis

 

 

 

 

 

 

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12.09.14

Salade de courgettes au brebis

Aujourd'hui je partage avec vous une recette testée et approuvée tout au long de l'été. C'est bon, c'est frais, ça change et quand on a un papa dont le jardin produit beaucoup trop de courgettes, ça ajoute une recette de plus pour éviter l'indigestion de flan de courgettes, courgettes farcies et autres poélées de courgettes.

 

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Pour 4 personnes:

4 petites courgettes bio

150 gr de fromage de brebis (sec)

50g de noisettes.

Ciboulette

huile de noisette et huile d'olives

le jus d'un dem citron.

 

Lavez et essuyez les courgettes. Rapez-les à la grosse grille. Salez-les et laissez-les dégorger un moment (ne tardez pas trop non plus sinon vos courgettes seront trop aqueuses).
Concassez les noisettes et faites-les griller.
Dressez vos courgettes rapées dans les assiettes.
Assaisonnez-les avec les deux huiles et le jus de citron émulsionnés et relevés d'une pointe de sel.
Parsemez de copeaux de fromage de brebis, des noisettes concassées et de ciboulette hachée.

 

 

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# Jedi

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11.09.14

Coeurs en hiver....Winter sleep.....

 

Quand j'ai lancé à la cantonade :

"Qui veut aller voir la palme d'or de Cannes, au ciné, ce soir"

Je n'ai eu que des réponses positives au point que nous aurions pu remplir un quart de la salle.

"Mais, au fait, de quoi ça parle?

"Ben, ça se passe au centre de l'Anatolie pendant l'hiver dans un hôtel isolé tenu par un ancien acteur entouré de sa femme et sa soeur, avec lesquelles il est en conflit. C'est un film turc de 3h15, en VO"

Éclats de rire autour de moi.

D'accord je vous l'accorde, ce n'est pas très vendeur et j'ai laissé passer une occasion de me taire car chacun a trouvé soudainement une occupation impossible à remettre, trier ses ticheurtes par couleurs, se faire une manucure, compter ses cheveux, ranger l'atelier, ramasser les tomates ....

et... je me suis retrouvée toute seule au cinéma.

 

N'imaginez pas voir un film turc malgré la nationalité de l'auteur, Nuri Bilge Ceylan, il est inspiré de nouvelles de Tchekhov, ce film est russe, profondément russe. Ces plateaux, battus par les vents et la neige, l'intérieur de l'hôtel qui ressemble à une isba dans sa pénombre et son confort, le thé offert, la chasse et l'ivresse entre hommes sont russes. Les personnages mélancoliques et désenchantés sont russes. Les problématiques discutées par Aydin, Nihal et Necla et le poids du destin sur leurs têtes sont russes. D'ailleurs si Tchekhov est extrêmement présent, on sent par allusion Dostoïevsky et Tolstoï.

Le personnage principal, Aydin, est un ancien acteur fort de ses certitudes morales et persuadé d'être une personne juste. Cette suffisance va être mise à mal par un gamin qui lance une pierre dans la vitre de sa voiture parce qu'un huissier est venu saisir les biens de ses parents qui ne payaient pas leur loyer. Cette anecdote ébranle les certitudes d'Aydin et ravive les conflits latents entre sa jeune femme pour qui les valeurs de son mari ne servent qu'à écraser les autres et sa soeur, qui lui reproche de ressasser sans avoir de prises de positions vraiment personnelles et originales.

C'est un film lent, assez bavard, tout en clair-obscur, académique mais d'une grande beauté plastique. La photo est magistrale, toujours pensée, toujours symbolique, elle établit sans cesse une correspondance entre la nature et les sentiments. Cependant nous ne pouvons pas avoir vraiment d'empathie pour ces personnages désenchantés. Malgré le vernis des apparences, ils sont tellement sous l'emprise de leur passé et de leurs échecs qu'on peine à s'identifier. Nous sommes pris en otage, un peu voyeurs de cette intimité triste. La dernière scène, une magnifique déclaration d'amour, remet un peu de lumière dans ces coeurs en hiver.

On sent une réelle maîtrise du réalisateur et son goût pour un type de cinéma illustré par ses prédécesseurs, le suédois Ingmar Bergman (Scènes de la vie conjugale) ou l'italien Antonioni (La nuit).

Je n'ai pas senti passer les 3 heures du film, immergée dans l'hiver de la Capadocce mais je n'étais pas très gaie en sortant. Le film ne vous laisse pas indemne...

 

#je dis

 

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10.09.14

Après une nuit d'insomnie......

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Après une nuit d'insomnie, je suis d'une humeur de chien!

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09.09.14

{this moment}

 

 

Mardi 9 septembre

J'ai demandé à la lune......

 

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Gibbeuse descendante

  • Visibilité: 99%99 %
  • Phases: Ascendante DécroissanteAscendante, Décroissante
  • Noeud lunaire: DemainDemain
  • Apogée: Dans 10 joursDans 10 Jours
  • Perigée: Dans 26 joursDans 26 Jours
  • Distance Lune - Terre: 361204 km361198 Km
  • Age de la Lune: 15 jours 7 heures 20 minutes15 Jours 7h 17m
  • La Lune se lève à 18:19 et se couche à 05:4405:44

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07.09.14

Ouf, ils ont sauvé la galaxie!

Prenez une cassette audio de tubes des années 80 et 5 personnages étranges : un beau gosse bodybuildé (au tapis Mr Darcy sortant du lac dans Bridget Jones!) qui se fait appeler Star Lord, une fille à la peau verte, un raton laveur bionique, une espèce d'arbre qui ne connaît qu'une phrase:"Je s'appelle Groot" et un colosse pas très malin, sentimental et tatoué et... vous avez "Les gardiens de la galaxie". Ok, ça fait un peu peur de confier l'avenir de la galaxie à cette bande de bras cassés, mais comme c'est la dernière production des studios Marvel....On se rassure, ça va le faire et surtout on ne va pas se prendre la tête.

C'est un film sans prétention aucune qui utilise sans vergogne les poncifs du genre, mais qui, en même temps semble s'en moquer et les prendre par dessus la jambe. On ne peut que penser aux premiers épisodes de Star Wars dont le réalisateur empreinte l'humour (parions que certaines répliques vont devenir cultes!), la lutte contre des méchants qui veulent asservir et détruire des planètes, les mercenaires dont le profit est la seule loi,les chasseurs de prime, les armes d'avant garde et les vaisseaux hyper technologiques (mais ici beaucoup plus kitchs). Seuls manquent la noblesse bouddhiste des Jedis et le conflit oedipien du héros face à son père qui a basculé du coté obscur (encore que...attendons la suite.)

Le film est brouillon, part dans tous les sens, ne laisse aucun moment de répit (ouille ouille ouille, les explosions à répétition finissent par vous abîmer la cornée et les tympans) mais offre quelquefois de petits moments de poésie. Il est totalement régressif , très drôle et nous a fait passer un bon moment. Je vous rassure les gentils vont gagner à la fin grâce à l'amitié qui a fini par les réunir (c'est quand même un film américain!). Ouf, la galaxie est sauvée! Et question galaxie, je vous assure, je m'y connais!

 

Et comme chez les 4 jeudis nous aimons les contrastes, la prochaine fois Je dis l'intello vous parlera d'un film turc de 3h, en VO, en huis clos et sous la neige de l'Anatolie...Youpi!

 

#Jedi

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28.08.14

A spicy tomato sauce....

 

 

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22.08.14

C'est bientôt la rentrée.....

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Ca arrive toujours à un moment ou à un autre. On se dit : « Tiens l’été est fini, c’est déjà presque l’automne ». C’est difficile à expliquer : une fraîcheur, le matin, des toiles d'araignée qui retiennent la rosée et, le soir, une certaine qualité de la lumière ; dans l’oreille, des poèmes d’école ou l’ « Elégie » de Fauré.

Le violoncelle de Fauré souffle, les feuilles volent : « Colchiques dans les prés, c’est la fin de l’été »

Les profs des jeudis ont commencé à préparer leurs cours, à feuilleter des manuels, à construire des séances. Sur les tableaux noirs dans les cuisines, les médecins des jeudis marquent leurs gardes et leurs astreintes, l'agronome inscrit ses déplacements : Prague le 6, 7 8, Berlin, Bruxelles, Genève. On songe aux activités des enfants, comment concilier la danse, la musique et la baby gym. On prend de bonnes résolutions, courir 2 fois par semaine, s'inscrire au jiu jitsu ( arrête....C'est juste à cause du prof!), ou, pourquoi pas, faire du chant lyrique, de la danse orientale ou du trapèze volant mais aussi prendre, enfin, le temps de méditer grâce au livre de Christophe André qu'on a à peine ouvert ou préférer déjeuner avec ses copines plutôt que finir son roman dans son coin. Il faut aussi laver les rideaux du séjour, prévoir  la vidange de la voiture, faire ramoner la cheminée et penser à un Auchan drive pour le lait, la lessive et...

En un mot reprendre le train train quotidien, les jours qui se ressemblent, réveil qui sonne, eau qui bout, Patrick Cohen et le coeur qui se brise en Syrie, en Ukraine, en Palestine, en Irak ou sur les trottoirs de Paris, le monde à feu et à sang, la crise économique, une tâche sur le pull qu'on a pas vue et qu'on essayera de cacher sous le foulard ou la blouse, la voiture glacée, les essuie-glaces qui soupirent chouette fraîche, chouette fraîche, chouette fraîche, le taureau dans le pré qui meugle au moment de la météo, un baiser distrait « à ce soir » et un sachet de larmes dans les poches... Moral au plus bas rien que d'y penser.

C'est qu'on a le coeur bien plus grand, une faim jamais rassasiée, un désir d'absolu, une envie d'intensité, d'aller jusqu'au bout, on a des rêves et encore des rêves. Alors on se met de petits pansements, on convoque les petites joies, les petits projets dans un coin de son agenda, aller voir Apolline à Marseille, peut être Jeanne en Guadeloupe à la Toussaint et puis... l'automne, quand même, c'est notre saison préférée. Elle vient avec la course des nuages dans le ciel, avec les lumières dorées des matins, elle vient avec les pluies. Nous allons pouvoir respirer son odeur et son mystère dans les bois, écouter le brame des cerfs et le huhulement de la chouette, ma chouette, qui se perche à l'aplomb de la marquise. Nous irons au marché, le samedi matin, et prendre un café, au chaud, tandis qu'au dehors la pluie et le vent d'automne retourneront les parapluies.

Nous irons nous étourdir à Amsterdam, Bruxelles et Londres, nous irons nous étourdir.....

Il faut bien recommencer, cesser de rêver sa vie plutôt que de la vivre, c'est bientôt la rentrée.....

 

 

 

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18.08.14

Se réchauffer....

 

 

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J'aime la forme et les détails (le logo "Thermor, la poignée de céramique...) de ces petits chauffages d'appoint des années 50 qu'on trouve encore beaucoup sur les brocantes. Il est très facile de les transformer en lampes. Il suffit de démonter le corps de chauffe et de le remplacer par une douille.

Mon prochain défi, faire une lampe pour jedi avec un fragment de caisse à melons qu'elle a ramené de Noirmoutier et qui porte une partie de son prénom.

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Il faut reconnaître que la tâche aurait été plus compliquée, si elle s'était appelée Mauricette ou Hildegarde!

 

#je dis

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11.08.14

Lectures d'été....

Détails sur le produit

 

"Un bonheur parfait"  de James Salter

"Nous filons sur le fleuve noir aux bas fonds lisses telle la pierre. Pas un bateau, pas un canot, pas le moindre éclat blanc. La surface se craquelle, traversée par le vent. L'estuaire est vaste, infini, les eaux saumâtres, bleuies par le froid. Le flot se trouble. Les oiseaux de mer planent, et tournoient avant de disparaître. Rêve du passé, franchi en un éclair. Après les hauts-fonds, l'eau s'éclaircit, moins profonde, sur notre passage: barques tirées au sec pour l'hiver, embarcadères déserts. Ailés comme des mouettes, nous nous élançons dans les airs, faisons volte face.

J'ai lu ces premières lignes et j'ai su que je serai éblouie par ce roman....

Le bonheur parfait  (Oh, comme le titre américain est plus juste "Light years"!) pourrait être celui de Viri et Nedra, un couple de bourgeois cultivés, de leurs deux filles et de leurs amis, qui vivent dans une vieille maison à la campagne. Il est architecte, elle reste à la maison avec ses filles. Bonheur parfait, donc, si ce n'est que la vie est trop grande, le désir trop insouciant, et que le temps se charge de l'usure des liens. 

C'est donc plus un roman sur le souvenir du bonheur...

"Il n'y a pas de plus grand bonheur que celui ci, les matins tranquilles, la lumière du fleuve, la perspective d'un week-end.(...) Ils menaient une vie "russe", une vie riche où s'entremêlaient les évènements, ou le malheur ou la maladie de l'un d'eux les ébranlaient tous, une vie belle du dehors, chaude à l'intérieur comme un vêtement."

Il se développe par fragments, par des juxtapositions de moments, de récits, quelques fois très courts,  qui cherchent à sauver ce qui peut l'être des instants du bonheur. Viri et Nedra ne sont pas fidèles, certes, mais ce n'est pas si grave c'est  seulement que le mariage dure trop longtemps et qu'avec le temps il perd de sa magie.  "C'est comme une photo brulée, certains morceaux du cliché sont encore là, mais la partie principale a disparu"

Ce n'est pas tant le sujet qui nous captive mais la prose de Salter. C'est le roman d'un peintre, chaque page est un poème rayonnant de sensualité et de mélancolie à la manière d'une nature morte de Chardin, il s'attarde sur un repas, une fête, une histoire racontée aux enfants, une discussion entre amis, une visite chez le tailleur. Chaque élément prend une densité lumineuse et cristalline puisque qu'on sent toujours la menace de l'usure impalpable de ce bonheur.

Nous savons tous, implicitement, que l'amour ne dure pas, que c'est une illusion mais Salter nous fait comprendre que même si le bonheur a fui, s'en souvenir, c'est encore le bonheur et qu'il suffit d'avoir été aimé, au moins une fois véritablement,  pour enrichir à jamais une oeuvre ou une vie. A relire le premier paragraphe, je me demande si on ne peut y voir une image symbolique de nos vies

"Un bonheur parfait" est un roman mélancolique mais néanmoins délicieux.

 

 

J'ai lu également:

 

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 " Sous la glace" et "Révélation brutale" de Louise Penny

Deux romans policiers assez atypiques d'une canadienne (ah, le vocabulaire!), dont le réalisme n'est pas l'essentiel mais qui fourmillent de fantaisie et d'humour avec des personnages et des dialogues pittoresques. L' enquète est très intéressante dans le second.

 

 

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 "Mary Barton" d'Elizabeth Gaskell

La "Jane Austen" des villes industrielles. Si vous n'avez pas lu "Nord et Sud" précipitez vous....Mais celui ci n'est pas mal non plus.

 

 

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"Une saison à Longburn" de Jo Baker

"Orgueil et préjugés"  coté domestiques, une approche biaisée originale et plutôt bien écrite, seule "l'intrigue" est un peu attendue

 

#je dis

 



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